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  • Laure Braive

J'ai testé pour vous: Mindscent de Guerlain

Un démarrage en demi-teinte qui s'avèrera finalement être une belle surprise.


« Le monde du digital est concentré sur l’image avec Instagram. Mais le parfum est ancré dans les émotions, les souvenirs et les sensations, nous avions besoin de traduire cela » explique Laurent Boillot Président de Guerlain dans La Revue du Digital.


C'est bien là toute la difficulté dès que l'on associe parfums et digital: en termes d'expérience client, la technologie n'a pas le monopole et peut au contraire s'avérer déceptive.

Je garde d'ailleurs un souvenir plus que mitigé de ma dernière expérience avec Guerlain qui se veut précurseur en la matière: la mise scène spectaculaire de l'assistant vocal au Bon Marché dans le cadre de l'installation "Geek mais chic" avait pris mes émotions à rebrousse poil. Une voix robotisée menant une consultation sous forme de questions / réponses que n'importe quelle conseillère bien formée aurait pu maîtriser et sans la moindre immersion olfactive... Ce fut pour moi usage de la technologie à contremploi.

Mais cette fois la marque va bien plus loin: elle nous promet de détecter et mesurer nos émotions, sous la caution scientifique des travaux de Francky Trichet, chercheur français sur l’intelligence artificielle.

C'est donc légèrement sceptique mais grandement curieuse que je pénètre au sein de la Boutique des Champs Elysées. Sur simple demande, une conseillère m'accompagne dans un espace de consultation dédié, au premier étage.



Je suis confortablement installée avec une vue imprenable sur les Champs Elysées. C'est très délicatement que la conseillère positionne le casque détecteur sur mon front et mon lobe d'oreille, devant l'Ipad dédié à l'application et un plateau de céramiques parfumées. J'ai hâte de démarrer l'expérience ! Tout cela est si nouveau, j'ai très envie de me prendre au jeu. Nous commençons... et cela bugge !

Aïe, l'expérience n'échappe pas au premier et au pire des écueils du digital en point de vente: la panne et son côté hautement déceptif. Plus de vocabulaire sensoriel ou de rêve, on parle soudain faux contact, batterie et connectique. Dans la pyramide de Maslow de mes besoins client, nous tombons au plus bas ! Ma charmante conseillère garde pour autant un sang froid exemplaire et me propose heureusement une alternative: elle m'accompagne dans un deuxième espace dédié au sous-sol, où cette fois tout devrait fonctionner. L'espace, plus intimiste et plongé dans le noir, est spectaculaire. Silencieux, il est propice à l'immersion sensorielle; j'ai finalement gagné au change, l'expérience peut enfin démarrer. En préambule, il faut choisir entre parfum masculin, féminin et unisexe. Voila un premier parti-pris discutable, le choix d'un parfum genré excluant les unisexes de la sélection et vice-versa. Moi qui aime les accords verts et boisés, ce premier choix me met dans l'embarras et j'opte finalement pour la catégorie unisexe.

Alors, une première étape vise à atteindre un niveau de concentration satisfaisant, mesuré en fixant à l'écran un flacon abeille qui se remplit petit à petit. Je doute de l'aspect scientifique cette étape, qui a le mérite de permettre de se familiariser avec l'outil et de se mettre en condition. Un tour de chauffe en somme. Je suis ensuite invitée à sentir à l'aveugle quatre accords pendant 15 secondes, dans les cloches en céramique que la conseillère me présente sans discours qui pourrait influencer ma perception. Elle m'invite à me concentrer sur mon ressenti, mes souvenirs et mes émotions alors que je les découvre.


Je suis agréablement surprise de ne pas sentir ici les accords types des familles olfactives ; ces accords ont une signature olfactive bien à eux et m'entrainent dans leur univers. On m'explique que ce sont des accords travaillés "à la Guerlain". L'accord floral se pare de muscs et m'enveloppe de douceur, pour un côté très peau de bébé. L'accord oriental n'est pas un ambre standardisé et déploie des notes fumées qui m'évoquent les soirées d'hiver au coin du feu. Le Mindscent tient ici la promesse de sa capacité d'analyse: les courbes à l'écran montrent un certain plaisir à la découverte de chacun des accords et un attrait particulier pour la famille orientale, conformément à mon ressenti. Ma famille de prédilection maintenant déterminée, un questionnaire appuyé d'images d'ingrédients m'invite à affiner mon profil olfactif par le choix de deux facettes (pas d'analyse d'émotions à cette étape). Le test est presque achevé, le Mindscent recommande deux numéros de fragrances à découvrir. La conseillère vaporise des touches à sentir et me présente à l'aveugle les deux parfums élus de la même façon que pour les quatre accords. L'application identifie ainsi ma préférée parmi les deux.

Là encore l'analyse tombe juste, pour moi la technologie du Mindscent fonctionne et les deux fragrances désignées correspondent tout à fait à mes goûts, même si à ce stade je n'avais nul besoin de la technologie pour affirmer ma préférence. La conseillère me présente avec passion et savoir-faire les caractéristiques de ces deux parfums, de la collection l'Art et la Matière, de la qualité des ingrédients et de leur interprétation à la Guerlain. Enfin une expérience qui allie joliment la puissance d'une technologie et l'attitude de la conseillère ! Spiritueuse Double Vanille est une découverte, aucune conseillère ne me l'avait jamais suggérée et c'est un coup de coeur, j'applaudis ! Monde digital oblige, je suis invitée à entrer mon email pour recevoir mon profil olfactif et si possible le partager sur les réseaux sociaux - on me souffle même les hashtags (#mindscent #myemotionsmyfragrance #guerlain). Je me prête au jeu du Selfie ; la charte graphique de l'application est attrayante et j'ai plaisir à redécouvrir la courbe de mes émotions en toile de fond. Même si la technologie reste opaque (j'aurais vraiment aimé en savoir plus sur la façon dont le dispositif analyse mes émotions), le pari est relevé pour Guerlain. Selon moi le grand intérêt de cette expérience est de lever les aprioris sur les préférences client en termes de famille olfactive: quoi qu'il arrive le client sentira les quatre et pourrait être surpris du résultat de l'analyse. La découverte pourra l'emmener sur des territoires où il ne se serait peut-être pas aventuré. Il est si difficile de mettre des mots sur le parfum... Demander à un client sa famille olfactive préférée, c'est prendre le risque de le mettre face à une éventuelle et fréquente méconnaissance de ses préférences, dès lors qu'on s'éloigne des parfums grand public. Un petit doute subsiste: et si, dans l'ignorance de mon attrait pour les notes dites masculines, j'avais choisi "Féminin"et non "Unisexe" ? Je serais passée à côté de ma belle Vanille...

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